Quelques conseils
Si vous voulez faire comme 90% des consommateurs qui filment en "tourné stocké" n'importe quoi n'importe comment sans jamais modifier l'agencement de leurs plans sur les cassettes, ce n'est pas la peine de continuer la lecture de cette page. Vous ne ferez jamais de la vidéo qui donne du plaisir. Vous resterez un consommateur frustré et déçu. Vos cassettes ou vos DVD mini format dormiront dans un placard.
Mais si vous voulez faire "quelque chose de propre" agréable à visionner cela suppose de monter vos plans, d'éliminer les ratés, d'ordonner les séquences, d'ajouter de la musique, des bruits, un commentaire ou un titre. Film de famille, de vacances ou de voyage, vous voulez le montrer à vos proches et à vos amis sans leur infliger le visionnage de cassettes entières brutes de décoffrage. C'est normal, on ne sert jamais un plat de pommes de terre ou de carottes avec les épluchures! Un bon conseil, lisez quelques ouvrages spécialisés sur la prise de vues (chez les grands éditeurs au rayon photo cinéma), c'est toujours utile, même avant d'acheter une caméra. Mieux encore, n'hésitez pas à contacter un club ou un atelier de votre région affilié à la FFCV.
D'une façon générale, un réalisateur débutant a souvent tendance à montrer des plans trop longs qui entraînent rapidement une certaine lassitude chez le spectateur. En outre, certaines actions n'ont pas besoin d'être filmées dans leur intégralité et il ne faut montrer que le strict nécessaire grâce à des ellipses (moments d'action coupés entre deux plans). Plus on raccourcit son montage pour ne livrer que l'essentiel, meilleur est le rythme et meilleur est le confort visuel du spectateur.
Il n'y a pas que la technique qui compte. Elle doit être au service de la création.
1. Ne pas appuyer sur le bouton de la caméra tant qu'on sait pas ce qu'on veut filmer et pourquoi on veut le filmer. Quand on filme on pense déjà à ce qu'on fera ensuite lors du montage.
2. Ce n'est pas parce que les cassettes vidéo peuvent aller jusqu'à 90 minutes qu'on est obligé de filmer la même scène à n'en plus finir alors que quelques secondes seulement seront utiles au montage.
3. Il n'y a pas que l'image en vidéo. Il faut faire très attention au son. Un casque est bien utile pour détecter les bruits parasites, le coup de vent sur le micro. Il est impératif, en extérieur, d'avoir une bonnette additionnelle contre le vent sur le micro ( de marque Rycote ou bien fabriquée avec du tissu acrylique garni de longs poils). Dans les dialogues, il faut laisser les gens terminer leurs phrases avant de couper.
4. Après chaque prise de vues, changez de place et/ou de grosseur de plan, cela facilitera le montage. Filmer, c'est aussi cavaler un peu et faire de la gymnastique.
5. Ne pas oublier les plans de coupe qui sont utiles pour raccorder deux plans ou remplacer un plan raté.
6. Le zoom autant que possible ne doit servir qu'à faire la mise au point
7. Efforcez-vous d'avoir des images stables qu'il s'agisse de plans fixes ou coulés (panoramiques, travellings)
8. Des gros plans en vidéo passent mieux que des plans d'ensemble
9. Attention au pompage optique (variations de luminosité) lorsque la caméra est en position autofocus
10. Il faut éviter les scènes trop contrastées, il y aura des zones surexposées et d'autres sous-exposées.
1. Des génériques qui n'en finissent pas. Il faut aller vite dans le vif du sujet et renvoyer, en les faisant défiler rapidement au générique de fin tous ceux qui doivent être remerciés pour avoir participé au film.
2. Votre court métrage fait 18 minutes tout compris. Soyez sûr qu'il y a bien 4 à 5 minutes de trop. Repassez tout en revue et éliminez systématiquement toutes les longueurs ( il y en a toujours) et le plans sans grand intérêt par rapport au sujet..
3. Les logiciels de montage sont truffés d'effets de transition aussi variés qu'inutiles la plupart du temps. Même si vous trouvez ça joli, n'en abusez pas, c'est lassant pour le spectateur. Ne conservez à la rigueur que deux ou trois effets : fondus au noir à l'ouverture et à la fermeture ( pour les titres ou pour un début ou une fin de séquence) et le fondu enchaîné qui marque une transition dans le temps entre deux plans.
4. La zizique de supermarché pour rajouter un prétendu environnement sonore. Recherchez plutôt des thèmes musicaux qui correspondent à votre intention et dosez les subtilement.
5. Si vous faites un "documentaire" évitez à tout prix le commentaire pompeux et prétendument didactique qui ennuie tout le monde. Évitez également de parler du début à la fin. Il faut prévoir des respirations dans le commentaire. Et de grâce, il est totalement inutile de paraphraser l'image en décrivant ce qu'on voit à l'écran, cette façon de faire est à proscrire! En règle générale, le commentaire ne devrait pas dépasser les 2/3 de la durée du film. On peut aussi faire des documentaires sans paroles.
Au delà des conseils pratiques sur la manière de filmer que vous pouvez trouver dans les livres, filmez toujours avec un but bien précis, une intention claire en fonction du public que vous voulez atteindre. Filmez avec votre cœur, votre sensibilité, votre manière bien à vous de percevoir les choses. C'est essentiel. Et sans vouloir singer les réalisateurs à gros budget ou vouloir en devenir un un jour, offrez-vous le plaisir de voir et revoir des cassettes de grands maîtres du cinéma de façon à analyser leur manière de s'exprimer : introductions, mise en scène, travail sur la bande son, personnages, lumières, dialogues etc. Comme disait Langlois, le père de la cinémathèque, on apprend à réaliser un film en regardant les grands films. Et souvenez vous, Hitchcock faisait aussi des films souvenirs de famille et de vacances comme tout un chacun. Vous pouvez donc en faire autant.