
Pour progresser

Faites des films qui répondent à une nécessité intérieure impérieuse.
Ce n'est pas la peine de produire pour produire et de vous contraindre à des
exercices imposés où vous ne mettrez ni votre âme ni votre cœur. Beaucoup
de jeunes réalisateurs, font leurs premières armes en imitant ou en parodiant des
auteurs (Tarentino est très tendance), des séries culte d'épouvante (Scream)
des grandes sagas (Star Wars) ou des effets spéciaux particuliers (Matrix). Mais ils n'osent
pas se lancer dans la
création personnelle hors des modèles.
Que ce soit dans le domaine du documentaire ou de la fiction, efforcez-vous de
sortir des sentiers battus en recherchant un sujet original ou en traitant de
façon originale un sujet classique ou même très banal comme le fameux Voyage à
Tokyo d'Ozu (des parents rendent visite à leurs enfants). Ce qui compte surtout
ce n'est pas tellement l'histoire ou le sujet mais la manière de les traiter.
Évitez de sombrer dans l'académisme de la construction. Attention, le
fait de participer à des concours et à des festivals peut vous conduire à
fourvoyer votre talent dans des productions, certes soignées, mais hélas
stéréotypées. Les récompenses et les prix obtenus grâce à un certain style de
production peuvent vous conduire à la standardisation de vos réalisations et à
éroder ainsi votre créativité. Pour un documentaire, exercez votre regard
personnel. Faites comme Jean VIGO qui réalisant un film sur la ville de Nice
disait qu'il s'agissait "d'un point de vue documenté." Quant
aux fictions, il faut aussi rechercher l'originalité plutôt que de reproduire
les clichés des productions commerciales standardisées.
Consacrez du temps à l'analyse des films, soit chez vous grâce au
magnétoscope, soit en séance collective dans un club de la
FFCV. Pour bien faire, il faut analyser aussi bien des courts-métrages de
réalisateurs amateurs que des longs métrages de grands maîtres du cinéma. Plus on
voit de films, plus on les analyse, plus on peut progresser. Comme le dit Bertrand
TAVERNIER, une fois qu'on a ingurgité tous ces films on peut ensuite tout
oublier lorsqu'on est sur le plateau de tournage.
Analysez les phases de la construction dramatique : exposition (trop souvent
laborieuse dans les films d'amateurs), les nœuds dramatiques, les personnages, les rapports entre l'image et la bande son, les
ellipses, les dialogues, le traitement final : chute ou pas chute, fin ouverte, happy
end ou pas.
Le ralenti, l'avance image par image, l'accéléré, permettent d'analyser une
scène plusieurs fois sous différents aspects : cadrages, éclairages, jeu sur la
profondeur de champ, mouvements de caméra, raccords aux points de montage,
mouvements des acteurs dans le cadre. Certaines publicités sont faites par de
grands réalisateurs. On notera la qualité des prises de vues, la subtilité du
montage, la qualité de la bande son.
Analysez vos productions avec un œil critique et
exercez vous à les apprécier comme si vous étiez un analyste qui, à la
différence d'un juré de concours devant se forger une opinion en une seule
projection, a la possibilité de voir et revoir à loisir un film et de le
décortiquer à fond.
Il n' y a pas d'âge pour être un cinéaste/vidéaste expérimenté. Mais
selon l'âge les attentes ne sont pas les mêmes.
Il y a des seniors qui font des films et continuent d'en faire pour le seul
plaisir de s'exprimer en toute liberté, en dehors de toute préoccupation
professionnelle ou commerciale. Ils recherchent un public et font circuler leurs
films.
Il y a des juniors qui espèrent se consacrer entièrement à leur passion et donc
d'en vivre peut-être un jour. Ils recherchent également un public et font circuler
leurs films.
Pour les uns ou les autres, la
FFCV est peut être une
des rares structures de rencontres enrichissantes entre jeunes réalisateurs ou moins
jeunes qui cultivent la même passion. Si Tintin rassemble les jeunes de 7 à 77
ans, il en est à peu près de même à la FFCV , où l'on peut avoir une
carrière pleine de 17 à 87 ans. Quel que soit l'âge des auteurs, les films
des uns ou des autres s'ils sont de qualité, sont appelés à figurer au catalogue
de la cinémathèque de la FFCV, cinémathèque donc
la valeur patrimoniale pour l'histoire du cinéma libre, sans visa d'exploitation, ne
cesse de grandir.
Donner des conseils à ce niveau n'est sans doute pas très opportun.
On peut cependant en donner un seul :
Ne trichez jamais avec vous-même. Faites ce que bon vous semblera, mais faites le
toujours du mieux possible. Faites profiter de votre savoir-faire les novices et les
débutants dans les clubs de la FFCV.
Un critique de cinéma, Robert Chazal écrivait en 1949 dans une revue consacrée
au cinéma non professionnel que l'amateur cinéaste était menacé par trois dangers
: le conformisme, la virtuosité gratuite et le propos prétentieux. Cette remarque
est toujours pertinente et il convient selon ce critique d'explorer avec audace
toutes les voies de la création.
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